L'Eglise et son Histoire


Rédigé par Gilbert SPRUNG

A l'origine, une chapelle

 

Nous trouvons déjà en 1163 la mention d'une chapelle Ste Croix à Niderviller: à cette époque, la chapelle et la localité dépendaient de l'église St Thomas de Strasbourg. Puisque Niderviller n'était pas une paroisse, cet oratoire devait être de dimensions restreintes.

 

Nous faisons un saut de cinq siècles et demi. La visite canonique de 1714 nous en apprend davantage sur "Niderville". Le compte-rendu parle d'une "église (...) sous le titre de l'Exaltation de la Ste Croix", desservie par le curé de "Bille" (Buhl), dont Niderviller, qui ne compte que vingt familles, est l'annexe.

 

Le texte insiste sur l'extrême pauvreté de cette église: il n'y pas de tabernacle, pas de sacristie, très peu de vêtements liturgiques; "le cimetière (sans doute autour de l'église, comme partout à cette époque) est en désordre"; "on travaillait à la réparation de l'église". Les habitants "se plaignent qu'ils n'ont point de fonts baptismaux, point de catéchisme pour leurs enfants", et que le Sieur Curé leur dit la messe "seulement le troisième dimanche".

 

Construction du clocher

 

En 1762, Jean-Louis Beyerlé, seigneur de Niderviller et propriétaire de la faïencerie, fait construire l'actuel clocher, dans le style des bâtiments de cette dernière, avec son aspect tout à fait caractéristique et unique dans la région.

 

Voici la description qu'en donne J. Barthélémy dans le livre "Aux sources de la Seille et de la Sarre", paru en 1973: "Comme les bâtiments de la faïencerie toute voisine, la tour de l'église Sainte-Croix témoigne de la grande époque de Niderviller et nous laisse un exemple très original du style baroque et de son inépuisable invention.

 

Ici tout est en contrastes: la légère élégance du clocher, entièrement maçonné de lourdes pierres de taille, et la masse de la tour; les pilastres, les chambranles finement moulurés et les chaînes de grès rose qui jouent avec la nudité du crépi; une balustrade du plus grand effet sépare les deux parties de l'édifice."

 

Jean-Louis Beyerlé a sans doute accolé ce clocher à la petite (?) église existante, dont parle la visite canonique du début du 18e siècle, et dont l'actuel choeur semble constituer un reste. Toujours est-il que, dès octobre 1765, est demandée la création d'une paroisse à Niderviller.

 

Le voeux est exaucé trois ans plus tard: En 1768, Niderviller devient paroisse. Le grand vicaire de Saintignon y installe l'abbé Keller, curé de Buhl, Hesse et Brouderdorff.

 

Histoire "mouvementée" de la nef (1844... 1880)

Laissons la parole à l'abbé Thibaut, curé de Niderviller de 1854 à 1860: "En 1844, la commune fit construire une église neuve aux frais de la caisse municipale. Le Sieur Denis de Cirey en fut l'entrepreneur." Les travaux sont achevés en 1846...

 

Mais 7 ans plus tard, 3 sommiers, grosses poutres horizontales de la charpente, donnent déjà des signes évidents de fatigue. En 1854, à peine 10 ans après sa construction, "le bâtiment fut interdit par l'administration civile de concert avec l'administration épiscopale." Durant deux ans, la messe est célébrée dans la salle d'école des garçons...

 

Pendant ce temps, le Sieur Denis de Cirey, condamné par le Conseil de Préfecture de la Meurthe, fait appel au Conseil d'Etat, qui acquitte l'entrepreneur. On objecte que, lors de la réception des travaux en 1846, l'architecte n'avait rien trouvé d'anormal à la charpente et que "la commune de Niderviller n'ayant fait établir à son église ni chéneaux, ni tuyaux de descente, n'a pas pris la précaution nécessaire pour mettre la charpente de l'édifice à l'abri des effets de l'humidité".

 

La commune en est pour ses frais. Finalement, après réparation, les paroissiens réintégreront l'église, le 20 avril 1856... Est-ce au milieu du siècle dernier, à l'époque de la construction de l'actuelle nef, que la route fut déviée et l'orientation de l'église inversée? Toujours est-il que maintenant, comme le note J. Barthélémy, "la tour, qui servait d'entrée, se raccorde tant bien que mal au choeur qu'elle prolonge aujourd'hui."

 

Une bonne nouvelle: en septembre 1860 "une statue de Ste Hélène, dans l'invention de la Ste Croix, est posée dans la niche au-dessus de la porte d'entrée de l'église - un pieux don de M. Michel Siegel, fait en reconnaissance de ce qu'il a obtenu un heureux résultat dans l'exploitation d'une carrière de pierres. Le même mois a été posée au haut de l'église, vers la face de l'édifice, une croix en pierre. Cette oeuvre et la précédente ont été confectionnées par M. Jean-Baptiste Siegel, sculpteur à Niderviller."

 

Mais en 1878, les trois sommiers du plafond sont de nouveau "viciés". Le conseil municipal se fait tirer l'oreille. Après d'âpres discussions, une "délibération protestative (de la part du conseil de fabrique) contre le refus du conseil municipal de faire exécuter la restauration de l'église" et suite à un recours à l'évêque lui-même, le plafond et la toiture de l'église sont refaits à neuf et le mur latéral sud reconstruit, en 1879-1880.Le nouvel orgue, dont nous parlerons plus loin, a déjà pris place, en 1878, dans cette église non encore restaurée...

 

En 1882, le curé fait peindre le choeur et y installe, en l'honneur de l'Exaltation de la Ste Croix, les trois statues qui forment un calvaire... En 1884, la commune construit la sacristie (de gauche). Et à la fin du siècle, le 18 septembre 1892, l'abbé Wittmann bénit le chemin de croix.

 

Après toutes ces péripéties, le curé François Wagner (1860-1880), quelque peu désabusé, note dans le cahier des délibérations du conseil de fabrique:

 

"Malheureuse église, construite sans dimension de grandeur appropriée au chiffre de la population et sans proportion architecturale pour le coup d'oeil ni pour la solidité, tu coûtes avec le prix de la construction, les rentes d'une partie de l'argent emprunté par la commune, les frais de procès et de raccommodage (1854-1856), les pertes des revenus de la fabrique pendant la fermeture de l'église, unies à celles de la détérioration de son ameublement, enfin la nouvelle restauration de l'an 1878, une somme de plus de 80 000 francs (sans le clocher), pour n'être qu'un bâtiment rafistolé, indigne d'une église paroissiale !!"...

 

Chacun jugera du bien-fondé d'une telle affirmation!

 

L'église à la fin du XIXème siècle

 

Le vingtième siècle

 

L'église ainsi reconstruite tient bon. Mais la première guerre mondiale fait voler en éclats les vitraux, que la paroisse change en 1921, et abîme la toiture, qui est réparée la même année. En 1924-25, deux nouvelles fenêtres sont percées au fond de l'église, pour y accueillir des vitraux, et en 1933, est installé un nouveau banc de communion en marbre.

 

Cinq ans plus tard, la commune fait construire l'autre sacristie.

 

Arrive la deuxième guerre mondiale. Les vitraux sont soufflés par le bombardement aérien du 5 octobre 1944. Ceux du choeur, représentant respectivement la Sainte Cène et la Résurrection du Christ, partiellement abîmés, pourront être réparés.

 

Quant aux vitraux de la nef, "considérés comme détruits" et refaits à neuf, ils illustrent les scènes bibliques suivantes: du côté droit, à partir du choeur, la Nativité, Jésus en train de bénir les enfants, l'agonie de Jésus; du côté gauche, la présentation de Marie au Temple, l'Annonciation, Jésus descendu de la croix remis à sa mère. L'ensemble de ces travaux a été réalisé, à Nancy, tout de suite après la guerre, en 1946-47, du temps de l'abbé Lucien Schont, dans les ateliers des "Vitraux d'Art de Lorraine", dirigés par Charles Krieger, successeur de G. Janin.En 1955, la paroisse fait l'acquisition d'un nouveau appareil de chauffage "Etna"... qui tiendra le coup durant 40 ans, jusqu'en 1996.

 

A cette date, est installé un nouveau chauffage, alimenté par le gaz, à air pulsé par le sol, en gros volume et à basse température.

 

Avec le Concile Vatican II (1962-65), s'amorce la réforme liturgique: messe face au peuple, procession de communion, retour à une certaine simplicité et sobriété. En conséquence, le curé Joseph Brundaller effectue le réaménagement intérieur de l'église (1975-77).

 

Il fait restaurer le choeur et lui donne son aspect d'aujourd'hui: suppression du banc de communion, du maître-autel remplacé par l'actuel autel face au peuple (la sculpture représentant l'Agneau pascal a été récupérée et fixée au-dessus de la porte de la sacristie); insertion de pierres de grès à la place de l'ancienne boiserie et construction du mur du tabernacle.

 

Ces travaux sont conçus par l'architecte Charles Litzenburger et réalisés par l'entreprise G. Avanzini. Le jour de Noël 1975, le choeur est inauguré; durant l'année 1976 est aménagée la chapelle d'hiver; et en 1977, l'église est repeinte par la maison Karleskind de Sarrebourg.

 

A cette époque également, les stations du chemin de croix sont (trop ?) simplifiées. Les statues de St Antoine, Ste Thérèse de l'Enfant Jésus et de Ste Barbe, ainsi que la Sainte Famille et la scène du baptême de Jésus par Jean ont à présent la mission d'accueillir les paroissiens à l'entrée de l'église...

 

Deux photos sur les pages intérieures de ce livret nous montrent l'intérieur de l'église avant et après son réaménagement.Les travaux extérieurs sont effectués en1988-1989: sablage des pierres de taille et crépissage teinté des murs.

 

Voici donc notre église dans son état actuel: un édifice baroque, avec un robuste portail mouluré et un clocher unique dans la région; à l'intérieur, en plus du buffet de l'orgue de 1878, de la Vierge des faïenciers de 1991, on peut admirer, en levant les yeux dans le choeur, une représentation du Christ enseignant, la main droite levée et tenant le sceptre dans la main gauche; et sur la voûte de la nef, une majestueuse Assomption de la Vierge Marie (voir pages centrales). Voilà l'héritage dont nous bénéficions, celui des artistes et artisans et celui des croyants!

 

La paroisse sous la Révolution Française

Quelques extraits du registre des délibérations municipales de Niderviller des années 1790 et suivantes: c'est "la croix et la bannière" !

 

Descente de deux cloches

"Cejourd'hui, 23 brumaire, IIe année de la République (13 novembre 1793), nous, Maire et Officiers Municipaux de la Commune de Niderviller, assemblés en la maison de la commune, après avoir pris communication de la missive des citoyens administrateurs en date du 20 de ce mois, qui requiert que l'on se conforme à la loi du 23 juillet dernier, vieux style, pour faire descendre deux de nos cloches, avons délibéré de faire une adjudication pour descendre lesdites cloches.(...)

 

Le public étant assemblé, ladite adjudication est échue au citoyen Jacob Siegel, maçon résidant à Niderviller ; et lui avons enjoint de se mettre de suite au travail, pour que les deux cloches puissent être conduites demain matin à Sarrebourg; et de suite avons nommé Dominique Vanneson, Maire, pour les faire conduire au Directoire, et en rapporter un récépissé."

 

Démolition de la croix du clocher

"Aujourd'hui, 27e jour du Brumaire, l'an IIe de la République Française une et indivisible (17 novembre 1793), la Municipalité, assemblée au lieu habituel de ses séances, a délibéré, en vertu d'une lettre du Directoire du District de Sarrebourg en date du 20 du présent mois, qui requiert le démolissement des signes extérieurs de tous les cultes; voulant nous conformer à l'arrête des représentants du peuple à l'armée du Rhin et celui du Département en date du 17 Brumaire, nous avons sur-le-champ fait assembler la commune et avons mis à l'enchère au rabais, pour faire couper le croisson (croisillon) de la croix de notre clocher.

 

Les feux ayant été allumés, l'adjudication en est échue au citoyen Pierre Métauer, domicilié dans la municipalité de Bühl, pour prix et somme de trente livres; et lui avons enjoint de se mettre à l'ouvrage incessamment, ce qu'il a promis." (L'abbé Wagner ajoutera plus tard ce commentaire: "Jésus fut vendu pour trente pièces d'argent!").

 

Il faut attendre 1872 (79 ans plus tard !), pour voir cette croix restaurée par le couvreur Jean Meyer. En remplaçant le coq du clocher, il fait part au curé de son étonnement de ne pas y voir de croix, et lui fait observer qu'il est facile de remettre deux bras à l'emplacement de ceux qui avaient été sciés autrefois. Le curé donne bien volontiers son accord, mais note: "La restauration de la croix et du coq n'ont rapporté qu'une somme de 75 frs au courageux et pauvre ouvrier (dont 20 frs de la commune, et 55 frs par quête dans le village), somme moindre en valeur que celle de 30 livres, prix de la démolition!"

 

Le vicaire résident Dusable

Au début de la Révolution, en 1790, l'Assemblée Nationale Constituante demande aux prêtres de se soumettre à la Constitution Civile du Clergé. Mais le Pape condamne cette réforme religieuse gallicane, menée par nos députés, provoquant ainsi chez les prêtres un grave cas de conscience. En effet, le clergé est jusque là plutôt favorable à la Révolution, et maintenant il lui faut choisir entre la fidélité au Pape et la soumission à l'Etat.

 

Les "prêtres réfractaires" refusent de prêter serment à la constitution civile; d'autres s'y soumettent (clergé "constitutionnel").L'abbé Dusable, vicaire résident à Niderviller, est intérieurement déchiré par le choix à faire. Le 30 janvier 1790, à l'issue de la messe paroissiale, il prête serment.

 

Mais il envoie au syndic de Sarrebourg, une formule de ce serment... avec restriction. De son côté, la commune de Niderviller déclare, le 11 juin 1791, qu'il avait prêté ce serment sans restriction.Les choses se compliquent lorsque, le 10 juillet de la même année, l'abbé Dusable refuse de lire une lettre pastorale de l'évêque "constitutionnel" de Nancy, Lalande, qu'il ne reconnaît pas pour son évêque.

 

A l'issue de la messe paroissiale, le maire fait lire cette lettre et en dresse procès-verbal. La municipalité demande alors l'éloignement du Sieur Dusable, ce qui est fait.

 

Il est remplacé par le Père Bonaventure, capucin. Mais ce dernier ayant tenu des propos injurieux pour la Religion (officielle), on fait appel à l'officier de police de sûreté.... Finalement, le 13 février 1793, "la maison vicariale, vacante depuis un an, est louée à l'ex-capucin J.-F. Médicus à charge qu'il dira, tous les dimanches et fêtes, la petite messe dans l'église de Niderviller, n'y étant pas obligé les jours ouvriers (ouvrables)"

 

Mais quelques jours plus tard (24 février), l'abbé Dusable se décide à lire la lettre pastorale de l'évêque Lalande. Le 28 mai de la même année, "le citoyen Dusable, curé de Bühl et Niderviller" demande et obtient un certificat de civisme. Il se fait cependant arrêter par le Comité de surveillance de Sarrebourg. La municipalité de Niderviller envoie alors, à deux reprises, une députation pour obtenir la liberté de son curé "repenti".

 

Les cloches sonnent, sonnent !

 

Béni sois-tu, carillonneur !

Les cloches invitent au rassemblement dominical de la communauté. Elles scandent les grandes étapes de la vie des chrétiens: baptême, première communion, profession de foi, confirmation, mariage, enterrement. Elles annoncent heures, bonheurs et malheurs. C'est ainsi que, dans le passé, elles étaient très liées aux catastrophes et aux guerres, dont elles avaient la triste mission d'informer la population... et dont elles ont souvent souffert elles-mêmes. Selon les événements, le carillonneur pouvait être béni... ou maudit, comme le dit la chanson!

 

La valse des cloches

Lorsqu'en 1762, Jean-Louis Beyerlé, seigneur de Niderviller et directeur de la faïencerie, fit construire l'actuelle tour de l'église, une cloche attendait déjà impatiemment depuis le 9 janvier. Peu de temps après, deux consoeurs la rejoignent dans le clocher. Mais les guerres engendrées par la Révolution Française entraînent la fonte de deux de ces trois cloches, le 13 novembre 1793... Elles seront remplacées par deux nouvelles, dont l'une est dédiée à la Vierge Marie, le 29 septembre 1816.

 

Que sont devenues ces cloches, un demi-siècle plus tard? Ont-elles été remplacées, parce qu'abîmées? Mal équilibrées ou mal proportionnées, ont-elles été refondues? En effet, au début du ministère du curé François Wagner, le 16 février 1862, sont bénies trois nouvelles cloches, "sonnant fa dièze, sol dièze et la dièze, pesant ensemble 1150 kg et sortant de la fonderie de M. Perrin Martin de Robécourt (Vosges). Suivant l'inscription qu'elles portent, elles ont été consacrées sous le vocable de Notre Dame, Saint Joseph et Sainte Anne."

 

1896 : rebelote !

A peine trente années plus tard (pourquoi de nouvelles cloches? que sont devenues les anciennes?), "l'an de grâce 1896, le lundi de la Pentecôte (23 mai), note le curé de l'époque, ont été bénies solennellement trois nouvelles cloches, sonnant mi bémol, fa, sol, et du poids de 1157 kg, 795 kg, 560 kg. Elles sortent de la fonderie bien connue de Goussel François, actuellement Bour et Guenser de Metz. (...)

 

Ces cloches ont été consacrées sous le vocable de Marie Immaculée, de Saint Joseph et de Saint Louis de Gonzague". Le curé a choisi comme parrains et marraines "35 paires, représentant toutes les familles riches et pauvres de la paroisse", et y va de son petit commentaire: "Espérons que la nouvelle sonnerie réveillera la conscience d'un certain nombre de paroissiens, endormie depuis longtemps dans le sommeil de l'indifférence religieuse!"

 

Le vingtième siècle

La première guerre mondiale n'épargne que la plus petite des trois cloches de 1896. Après la "der des ders", au temps du curé Rubeck, le lundi de Pâques, 2 avril 1923, sont bénies trois nouvelles cloches payées conjointement par la commune (12000 francs), les Allemands en compensation des deux cloches saisies en 1917 (7000 francs) et la fabrique de l'église (6000 francs). Contrairement à la pratique habituelle, la deuxième guerre mondiale n'a pas provoqué de réquisition campanaire, à Niderviller.

 

Nous bénéficions donc aujourd'hui du carillon suivant:Cloche n°1 : (Georges Farnier, Robécourt, 1923), 1 228 kg. Dédiée à St Joseph. Note: mi bémol.Cloche n°2 : (Georges Farnier, Robécourt, 1923), 861 kg. Dédiée à Ste Marie. Note: fa.Cloche n°3 :(Bour et Guenser, Metz,1896),560 kg. Dédiée à St Louis de Gonzague. Note: sol.Cloche n°4 : (Georges Farnier, Robécourt, 1923), 357 kg. Dédiée à l'Enfant Jésus. Note: si bémol.La sonnerie des cloches est électrifiée et automatisée en 1961, par les Etablissements Didelot de Sarrebourg... Le carillonneur n'a plus rien à craindre!

 

 

Les curés de Niderviller

Après la guerre de Trente Ans (1618-1648), la localité était une annexe de Buhl. Ce n'est qu'en 1768 que Niderviller devient paroisse (bien que certains documents indiquent la date de 1802). Il semblerait qu'au point de départ, un vicaire desservait le village, mais il est sûr qu'à partir de 1768 les naissances, mariages et décès sont bel et bien transcrits dans le registre de catholicité à Niderviller, et non plus à Buhl. C'est de cette date-là que nous pouvons faire commencer la liste des curés de la paroisse.

 

Les débuts et la Révolution Française

- KELLER, vicaire (1768-1775)
- Jean BEYER, vicaire (1775-1779)
- PAQUIN, vicaire (1779-1784)
- DUSABLE, vicaire résident (1784-1793)
- Joseph FREMIOT (date ?)
- LEMPEREUR (1801 ?)
- AUGUSTE (1803-1804 ?)

 

Le 19e siècle : période de construction

- Thomas BEYDERLINDEN (1804-1806)
- Jean-François PETITJEAN (1807-1816) (décédé le 28.6.1832)
- Jean TARILLON (1816-1822)
- Jean-Charles BETTING (1823-1853) : construction de l'actuelle église (mort à Hartzviller, le 11.12.1865)
- Joseph THIEBAUT (1854-1860) (mort à Schalbach, le 11.12.1870)
- François WAGNER (1860-1880) : installation du nouvel orgue (mort à Francaltroff, le 28.2.1886)
- WITTMANN (1880-1894)- PIGEOT (1894-1905)

 

Le 20e siècle : guerres et reconstruction

- Henri KIEN (1905-1920)
- Antoine RUBECK (1920-1939)
- Paul ROUYER (1940)
- Lucien SCHONT (1940-1962)
- Joseph BRUNDALLER (1962-1986)
- Alphonse GASSMANN (1986-1989)
- Jean-Paul BERLOCHER (1989-1992)
- Gilbert SPRUNCK (1992 - )

 

Mériteraient également d'être citées les Religieuses qui ont marqué des générations de paroissiens, en tant que Soeurs enseignantes ou gardes-malades. A elles aussi va toute notre reconnaissance.

 

 

Les balbutiements de l'œcuménisme

Dans le passé, la présence des protestants à Niderviller semble être liée à l'existence de ces industries anciennes que sont la faïencerie et la tuilerie... En 1884, le village compte 790 catholiques et 24 protestants; et en 1907, 929 catholiques et 70 protestants.

 

"Nous constatons, note Simone Gross, que la communauté protestante a triplé en vingt ans. Elle était très importante. Avec les villages des environs, nous arrivons à une centaine de fidèles. D'où la nécessité de construire un temple. L'endroit avait été retenu, dans le haut village, en direction du cimetière (à l'angle de la rue des Vergers), mais la guerre de 1914 survint et le projet fut abandonné."

 

Il semblerait qu'à cette époque une certaine coexistence pacifique ait été admise. Il n'en a pas toujours été ainsi. A la fin du siècle dernier, il arrivait que la situation devînt explosive. A titre d'exemple, voici ce qu'on peut lire dans le cahier des délibérations du Conseil de Fabrique, à la date du 4 avril 1880:

 

"Le même Conseil, considérant qu'un nommé Edouard Richard, d'un culte protestant, surveillant à la fayencerie, empêche, comme il l'a déjà fait, tous les ouvriers ou manoeuvres de ladite manufacture, de remplir une fonction quelconque à l'église, soit celle de membre du Conseil, soit celle de chantre ou de suisse, par rancune contre le curé et la religion catholique, sous le prétexte avoué ou non que le Sieur Curé empêche les enfants des écoles et certains paroissiens d'assister aux enterrements protestants et au prêche du ministre luthérien, enfin parce qu'il a fait punir en police correctionnelle ce même Richard, qui pour insulter le curé et le culte catholique s'est permis de tirer près de l'église, nuitamment, des coups de fusil, à l'occasion du baptême d'un enfant naturel de la fille (x), en l'an 1876 - considérant, dis-je, que les nommés François Bour, Hyppolite Perrin et d'autres ont déjà dû donner, pour cette raison, leur démission de conseiller de fabrique, émet le voeux qu'il y a lieu de s'adresser, avec la permission de Mgr l'Evêque, au Procureur impérial, pour voir s'il n'y a pas quelqu'article du code pénal applicable au dit surveillant, pour empêcher ainsi l'accomplissement d'un devoir religieux reconnu par la loi et la liberté de conscience."

 

Je ne sais pas quelle suite a été donnée à cette affaire, dans laquelle les torts étaient sans doute réciproques... Depuis ce temps, l'oecuménisme a fait, heureusement, des progrès, bien que jusque dans les années 1960 l'accueil réservé par les catholiques aux protestants fût pour le moins réservé.

 

La Vierge des Faïenciers

 

Une naissance dans la douleur

Sait-on que la statue qu'il est convenu d'appeler "la Vierge des faïenciers", est née d'une situation conflictuelle? Son origine, en effet, est à chercher dans les rapports tendus entre la faïencerie, les ouvriers étrangers et les habitants de Niderviller. En 1784, des artistes étrangers, qui avaient acquis par mariage des biens dans la commune, demandent à devenir "habitants" de la localité. Leur requête est acceptée par l'Intendant Général de Metz.

 

Les habitants menacent alors d'incendier la "fabrique", comme ils semblent l'avoir déjà fait, une première fois, en 1754. Pour calmer les esprits, François Lanfrey, directeur de l'usine, fait réaliser par Charles Sauvage, dit Lemire, sculpteur à la manufacture depuis 1780, une magnifique "Vierge à l'Enfant", en porcelaine, que la faïencerie offre à la paroisse le 8 septembre, jour de la fête de la Nativité de la Vierge.

 

Les pérégrinations de Marie

Nul ne sait en quelle année cette statue a été retirée de l'église paroissiale. Il semblerait qu'elle ait été légèrement endommagée et, pour cette raison, remisée dans le grenier de l'école. Redécouverte, elle fut, en 1890, vendue à un antiquaire strasbourgeois pour 350 francs, puis acquise, en 1910, par le Musée National de la Céramique de Sèvres, où elle peut encore être admirée. Le catalogue officiel donne les précisions suivantes : "Porcelaine, décor de petit feu polychrome. Hauteur : 660 mm ; largeur : 290 mm ; profondeur : 280 mm.

 

Donné à l'église de la Sainte Croix à Niderville par la Manufacture F. Lanfrey et Cie, le 8 septembre 1784."

 

La Vierge retrouvée

En 1991, grâce à la volonté conjuguée de M. Didier Brust, directeur, et des artistes de la faïencerie, les parties manquantes du moule ont été reconstituées, et deux siècles après sa création, la Vierge à l'Enfant a ainsi pu renaître, avec les mêmes techniques de fabrication et de décoration. La statue a été solennellement bénie par Mgr Pierre Raffin, évêque de Metz, le 23 juin de cette même année, lors de la première kermesse réalisée pour la restauration de l'orgue. Après cent ans d'absence, la Vierge des Faïenciers retrouve sa communauté d'origine, témoin éclatant du sens artistique et du savoir-faire séculaires des faïenciers de Niderviller.

 

A présent, elle nous accueille dans l'église paroissiale, pour nous renvoyer à l'Evangile de son Fils, ainsi qu'on peut le lire sur le socle de la statue: "Une femme élève la voix du milieu de la foule et lui dit: Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins qui t'ont allaité! Mais lui répondit: Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la gardent" (Luc 11,27-28).